Saint Vincent des vignerons 2014

22 janvier 2014

Malgré la pluie battante, le samedi 18 janvier 2014, la foule a rejoint l’église paroissiale des Imberts. La procession a été annulée, mais le saint a été honoré comme il se doit. Cette fête annuelle est organisée par le comité des vignerons de Gordes et la confrérie des Côtes du Ventoux (AOC Ventoux).

Placée sous le patronage de Saint Vincent, notre confrérie se retrouve aujourd’hui pour honorer notre saint patron,pour lui confier le travail des vignerons,pour vivre un temps de réflexion, de prière commune et de convivialité fraternelle.

 
Lecture du livre de Ben Sirac le Sage 31, 25-31 et 32, 5-6 et 13
Avec le vin ne fais pas le brave, car le vin en a perdu beaucoup.
Comme à la forge on éprouve une lame quand on la trempe,
le vin éprouve les cœurs quand des orgueilleux se querellent.
Pour les hommes, le vin, c’est la vie, tant qu’on le boit avec modération.
Qu’est-ce qu’une vie où manque le vin ?
Il a été créé pour la joie de l’homme.
Le vin est allégresse du cœur et joie de vivre
pour qui le boit à son heure et avec mesure.
Le vin est amertume de l’âme pour qui le boit avec excès
au point de s’exalter et de perdre l’équilibre.
L’ivresse décuple la fureur de l’insensé jusqu’au scandale,
elle diminue sa force et lui attire des coups.
Ne provoque pas ton voisin au cours d’un banquet bien arrosé,
ne te moque pas de lui quand il est joyeux,
ne lui adresse pas des propos blessants et ne le harcèle pas de tes réclamations.
 
Une pierre de grenat enchâssée dans un bijou en or,
tel est un concert dans un banquet bien arrosé.
Une émeraude enchâssée dans une monture d’or,
tel est un air de musique sur un bon vin.
Et, pour ces plaisirs, remercie et bénis ton Créateur,
lui qui t’accorde ses bienfaits en abondance.
 
 

 
Remercie et bénis ton Créateur, lui qui t’accorde ses bienfaits en abondance
 
Le vin est bon, Il a été créé pour la joie de l’homme. Le vin, c’est la vie. Qu’est-ce qu’une vie où manque le vin ?
Reconnaissons dans le vin un signe de la bénédiction de Dieu pour l’homme : une coupe de vin était et est toujours chez les juifs l’occasion et le support d’une prière de reconnaissance où l’homme dit du bien de Dieu :
Béni es-Tu, Eternel, notre Dieu, Roi du monde, qui crée le fruit de la vigne. (Amen)
goûter et boire le vin avec joie, au temps opportun : lorsque le vin a mûri…
 
Si la présence du vin est signe de vie, à l’opposé, l’absence de vin évoque la mort, le deuil ou l’épreuve (Sophonie 1,13) : ils bâtiront des maisons et ne les habiteront pas ; ils planteront des vignes et n’en boiront pas le vin.
Réalisation manquée.
 
Le vin, fruit d’un travail. Accomplissement.
Goûter et boire le vin avec fierté du travail réalisé.
 
Les paroles de Ben Sirac que nous avons entendues nous invitent à faire bon usage du vin. Car le vin n’est pas pour lui-même, il est pour nous. La Sagesse de Dieu nous invite donc à nous interroger sur l’usage que nous en faisons.
Bien plus que la simple recommandation contemporaine où seul celui qui conduit ne boit pas, il y a là matière à une réflexion vaste et sage. Elle
s’inspire très certainement de certaines expériences relatées part la Bible. Je n’en retiendrai que trois.
 
Noé, fut le premier à planter la vigne. Il en but le vin, fut surpris par l’ivresse et perdit sa dignité. L’un de ses fils se moqua de lui quand les deux autres gardèrent le respect du à leur père. (Genèse ch. 9)
c’est le premier – il boit seul et fut surpris ; à cause de cet excès, il perdit sa dignité.
Il n’est pas bon que l’homme soit seul… et de même, il n’est pas bon que l’homme boive seul.
Rester sous le regard du frère. C’est le maître de maison qui sert le vin.
On le reçoit comme un cadeau. Boire avec des frères.
 
Quant aux filles de Lot, elles firent boire leur père au point de le rendre inconscient. (Genèse ch. 9) Lot venait de fuir la ville qu’il habitait, détruite par le feu. Lot venait de perdre sa femme. Il était dans l’amertume et la tristesse. Ses filles en profitèrent pour abuser de lui…
Il est facile de dire à quelqu’un d’éploré : viens, saoule-toi et oublie tout.
Le vin ne serait alors pour lui qu’une compensation passagère.
Pour éviter que le vin soit triste, veillons à boire le vin
- au temps opportun, c’est-à dire dans la bonne humeur, dans un climat de joie et de sérénité.
- avec modération : l’excès fait perdre l’équilibre.
Il y a donc un temps pour boire du vin et un temps pour s’abstenir.
 
 
Dans le livre du prophète Daniel nous lisons que le roi Balthazar, lors d’un grand festin, fut excité par le vin. Il fut alors rempli d’orgueil et, de manière présomptueuse, fit apporter les vases d’or et d’argent que son père avait enlevés au temple de Jérusalem ; il s’en servit pour boire encore et offensa ainsi le Dieu Très-Haut… et le texte du prophète Daniel conclut cette histoire en disant : Cette nuit là, le roi Balthazar fut assassiné.
 
Balthasar était dans l’abondance, il avait le pouvoir et voulait montrer sa domination sur tous les autres peuples. Mais il détourne le vin de sa signification d’alliance.
Cet exemple nous invite à boire le vin avec nos frères et sœurs, avec simplicité, c’est-à-dire avec un cœur sans pli, sans arrière pensée, avec un cœur simple, avec humilité,
avec charité et respect mutuel. Telle est la vrai noblesse de l’âme humaine.
 - buvons donc avec noblesse car l’usage du vin révèle les cœurs :
Elevons notre cœur, bannissons de nos vies et de nos rassemblements toute vulgarité et grossièreté.
 
- buvons dans la charité et le respect mutuels : pas de provocation
Ne provoque pas ton voisin ; ne lui adresse pas des propos blessants, ne le harcèle pas de tes réclamations. Ce n’est pas le moment : en réjouissant le cœur de ton frère, le vin allège son fardeau, il le distrait de ses tracas et d’une certaine manière, il le rend vulnérable… ce n’est donc pas le moment de l’accabler par quelque querelle.
 
Rappelons nous l’usage que Jésus a fait du vin : Le soir du jeudi saint, au début du repas rituel de la Pâque, il reçut la coupe rituelle il rendit grâces et dit : Prenez et partagez entre vous ; car je vous le dis, je ne boirai plus désormais du produit de la vigne jusqu’à ce que le Royaume de Dieu soit venu.
Un peu plus tard, il institua l’eucharistie et nous demanda de consacrer le vin en son sang, ce sang qu’il versera le lendemain sur la Croix pour l’alliance nouvelle et éternelle.
Puisque le vin est le signe de l’alliance entre Dieu et les hommes, veillons donc à ce qu’il reste toujours le trait d’union de nos relations fraternelles.
 
Rendons grâce à Dieu et prenons le temps de le bénir en ce jour de la Saint Vincent ! Nous pourrons alors goûter le vin du nouveau millésime, le savourer et le boire
avec joie,
au temps opportun
avec fierté
avec modération 
avec simplicité
avec humilité
avec charité et respect mutuel
avec noblesse.
Père Michel BERGER